Professeur principal (et en 6ème)

Vous voilà professeur principal pour la première fois, l’année va débuter, comment commencer ?

C’est une bonne question, à laquelle votre établissement va répondre plus que partiellement car la quantité administrative de données à transmettre et à recueillir va se charger de remplir quelques heures d’entrée en matière qui peuvent sembler angoissante sans contenu préalable.

Ce qui est dommage, c’est d’imaginer que l’on peut, lors de ces heures, commencer à créer un lien différent avec les élèves, et cependant se faire absorber ce moment privilégié par des paperasseries conséquentes qui donneront aux élèves l’image d’un rôle de récupérateur de photos, de censeur (brandissant le règlement intérieur à bout de bras), et de moralisateur potentiel…

Un choix qui me semble opportun est de chercher à éviter les deux extrêmes (vous savez, quand seules deux solutions semblent d’imposer, en façonner une troisième…) :

  • ne pas préparer un sketch délirant destiné à vous mettre en avant, ne pas non plus passer des heures à lister les « valeurs » que vous aimeriez que ces chers élèves adoptent, ne pas imaginer que le destin de votre année et celui des élèves va se jouer sur ces heures ;
  • ne pas non plus se laisser enfermer dans un cadre préétabli et qui semble avoir pour but d’éviter de poser les vraies questions des élèves et des enseignants à ce tout début de l’année…
  • donc chercher à rendre humain ce moment-là…

Quelques pistes :

D’abord ce moment vous appartient… suivre une recette de A à Z vous en dépossèderait… ce qui suit est donc à prendre comme exemple ou comme ensemble de possibles…

  • Je me demande ce que je souhaite et je me demande aussi ce que les élèves peuvent attendre ; j’essaye de répondre à mes demandes et aux leurs…
  • Je prépare mon année sur l’orientation (en évitant de faire remplir 345 questionnaires, mais en mettant en avant les questions concernant les goûts des élèves, les loisirs et les sports, la lecture, les peurs, les désirs de métiers…) et sur la vie en commun (on peut faire des exercices de travail de groupe en mettant en avant l’intérêt de travailler en groupe même si on ne s’apprécie pas trop… à faire vite si on veut éviter les groupes bétonnés qui durent un an et les cris à chaque changement).
  • il est aussi important de communiquer sur les différences : leur demande s’ils pensent qu’ils sont égaux ou différents… bien sûr, le collègue d’éducation civique en parlera, mais il s’agit surtout d’embrayer sur les différences au niveau scolaire : celles et ceux qui sont forts ou pas, bons, mauvais… quel lexique employer ? que penser des « intellos » au collège, des « nuls » ? Est-ce que cela existe ? Qu’est ce qui est important : ATTENTION : on ne leur assène pas 30 mn de morale, ON ECOUTE ce qu’ils en disent… on a l’année pour tordre le cou à beaucoup d’a-priori ancrés, qui ne seront jamais modifiés en 2 heures ! Vous pouvez cependant donner votre avis, préciser qu’ils sont élèves et être humains, passer un extrait du Prisonnier en affirmant qu’ils doivent éviter de se croire uniquement un n°6 pour les années collèges… (en priant pour que vos collègues ne mettent pas trop les pieds dans le plat l’heure d’après…), bref, faire passer des valeurs d’adulte responsable et citoyen (ça fait slogan mais bon…).
  • Faire lire un extrait de livre jeunesse ou de BD qui parle de la peur de l’école et faire commenter. Trouver un texte d’un élève qui adore l’école pour faire contre poids (écrire deux lettres fausses si nécessaire…)… Laisser le débat monter : « et vous, vous en pensez quoi ? vous êtes plutôt comme X ou Y ? Pourquoi ? »
  • On peut établir un classement de ce que les élèves pensent du collège : + / -… Un petit travail de groupe pour comparer et faire un « top3 » est souvent très sympathique (et animé !).
  • Faire écrire une rentrée au collège délirante en 5 lignes (autre planète, autre époque, dans le futur) permet de décharger les surplus de tensions et de craintes.
  • On peut imaginer un jeu qui permette aux élèves de retenir les prénoms de tous et de toutes… bien entendu vous jouez aussi (voir techniques d’animation : appel d’un autre par son prénom, objet à faire passer en nommant l’autre…).
  • On peut décider de créer une classe-confrérie : création d’un blason de la classe, lister les qualités des élèves (tout le monde en a et tout le monde peut les rassembler sous des catégories à trouver ensemble)… certaines classes terminent même l’année avec leur hymne, leur mini-journal, une fête organisée par les élèves, des échanges sur le Net avec un site !
  • la séance du dé, décrite dans l’article sur la séquence, peut servir à travailler sur les différences de point de vue… mais on  évite d’en faire trop une séance de français.
  • tout est à inventer pour que les élèves se sentent bien au collège en connaissant droits et devoirs mais aussi en se faisant plaisir ! Si ! et vous idem, c’est possible !

Les élèves de 6ème (et même les autres)

Ils ne savent pas ce qu’est un professeur principal (de toutes façons ils ne vous ont jamais eu comme pp, à vous donc de vous différencier des précédents, ce qui rassure souvent, sans critiquer ce qui a été fait mais en exprimant votre identité propre), donc à vous de leur expliquer rapidement quels est votre rôle, ce qu’ils peuvent attendre de vous et ce que vous attendez d’eux. Il est bien évidemment possible de leur expliquer que votre relation sera amenée à évoluer durant l’année, ce qui est plus honnête.

Votre rôle : les suivre pour soutenir et aider, les intégrer dans une démarche d’orientation et d’appartenance sociale au collège. Dans aide il y a sanction, parfois, mais surtout dialogue et échanges : autres professeurs, vie scolaire, infirmière, COP, parents, parfois médecins… Vous devez savoir beaucoup de choses sur vos élèves et transmettre beaucoup d’informations sans jamais utiliser ces informations contre les élèves mais pour eux. Vous êtes le responsable de l’information (et être informé évite souvent bien des peurs et des incompréhensions).

ATTENTION :

Les élèves de la classe dont vous êtes professeur principal ne sont pas VOS élèves (à rappeler à tous les chers collègues qui disent « tes » élèves m’ont fait cela : « tu veux dire que « les » élèves de 6ème3 ont fait cela dans « ton » cours »… ça recadre les rôles.).

Vous ne devez jamais juger un de vos collègues devant les élèves (même si toute la classe se plaint). Seul le principal et l’inspection peuvent se permettre de juger un enseignant. On peut parfois intervenir en tant que médiateur et proposer au collègue un travail de rapprochement entre lui / elle et la classe (ou avec un élève). N’oubliez jamais que la solidarité entre enseignants est primordiale devant les élèves, ce qui n’empêche pas de dire au collègue ce qui vous dérange dans sa relation avec la classe ou certains élèves (jamais dans sa façon de traiter sa matière ou dans sa façon de gérer les élèves), de montrer que lui et la classe seraient apaisés si un moyen d’entente était trouvé… bref, jouer au médiateur. Un vrai souci avec un collègue passe par des plaintes de parents d’élèves, pas par les vôtres (vous n’avez pas à jouer ce rôle-là, qui serait intenable socialement – et même personnellement, qu’est-ce qui vous autorise à juger un collègue ? vos propres qualités d’enseignant ?). Seule une mise en danger d’élèves ou de la classe nécessiterait votre intervention, sur le mode doute, gêne mais alerte quand même, au cas où (on évite les certitude, chaque cas étant très complexe).

Vous devez séparer votre rôle de professeur principal de votre rôle de professeur. C’est difficile, mais peut être ritualisé : un objet en séance de vie de classe peut le montrer, comme le baton de parole, par exemple – la parole pouvant circuler différemment (encore qu’on peut aussi construire ses cours ainsi mais ne brulons pas les étapes !). Une disposition différente de la classe est aussi intéressante, ou alors un moment de partage (les 5 mn de l’actu sont une entrée en matière possible : un(e) élève parle d’un fait d’actualité qu’il a trouvé important, durant 3 mn maxi et vous modalisez s’il y a erreur ou débordement en 2 mn. On peut coupler ce dispositif avec le prêt d’un journal quotidien (abonnement de la classe ou du CDI) dans la semaine à 3 ou 4 élèves avec un roulement).

Vie en classe et orientation

Il est important pour les élèves d’être écoutés. Une grande partie de conflits vient d’un manque de communication… il ne s’agit pas cependant de répondre à toutes leurs demandes, questions, ni de régler tous leurs problèmes : les écouter, simplement, permet aux élèves de savoir que les adultes sont accessibles, de se sentir écoutés. Il s’agit d’une écoute active, qui renvoie davantage des questions plutôt qu’elle ne cherche à donner des réponses… Surtout pas de « moi, à ton âge… » ou de morale, juste des questions permettant à l’élève de confier des soucis du moment (« M’sieur, comment vous trouvez la classer ? » est une phrase qui peut provoquer cette question à l’élève « et toi, tu te sens bien avec les autres ? ». En réalité l’élève ne gagnera rien à connaître votre avis, mais sera soulagé d’avoir pu donner le sien…).

Ces moments individuels sont moins nombreux que les moments collectifs, qui seront à organiser : une heure de vie de classe faite à moitié d’improvisation et à moitié de vide risque de provoquer un précédent fâcheux… non pas que ce moment privilégié doive se dérouler de façon militaire… mais la détente peut être productive et intéressante…Les conflits auront lieu, et s’inspirer des techniques de médiation peut s’avérer très pertinent pour aider les élèves à travailler sur leurs relations… régler un conflit ne se fait pas en disant qui a tort ou raison (on l’ignore et tout conflit est complexe), mais en permettant aux élèves de reconnaître les + ou les – de la situation, de donner réparation lorsque c’est possible (« qu’est-ce que X pourrait faire pour réparer le mal qu’il a fait en t’insultant ? » – si X est d’accord, le conflit reçoit un terme réel (une sanction scolaire ne suffit que rarement pour les élèves plaignants et victimes…). Pensez toujours que lorsqu’il faut une sanction prévue par le règlement intérieur, elle DOIT AVOIR LIEU : c’est la loi, il faut s’y conformer, c’est notre rôle d’enseignant. On peut discuter des règles, mais pas les discuter – aux élèves de proposer des modifications pour le CA s’ils le souhaitent (on peut les aider à le faire, sans soi-même jouer le démago qui critique l’ordre établi qu’il est censé faire respecter…).

Parler d’orientation est très important. Des programmes de formation à l’orientation permettaient aux élèves de 6ème de travailler sur des représentations du travail pour leur âge en leur renvoyant des questions qu’ils se posent et en les guidant dans les débats qui s’ensuivent : travail pour les hommes ou pour les femmes ? combien ça gagne et pour quoi je travaille ? quel travail serait idéal ? combien de métiers (avec recensement des idées des élèves, qui « tournent » sur deux ou trois secteurs d’activité…), idées reçues sur métiers manuels ou intellectuels… Bien entendu, il s’agit de se renseigner (avec les COP, au CDI, de chercher des modules de formation et des documents qui trainent dans des placards et des classeurs poussiéreux…) et de ne pas véhiculer ses propres a-priori… nous, enseignants, ne sommes pas les meilleurs pour parler du monde du travail, surtout quand on sort de l’université pour enseigner… on peut aussi demander à des parents s’ils peuvent témoigner, faire faire des enquêtes aux élèves dans les familles, utiliser les ressources du CDI, provoquer des exposés sur des métiers précis et peu connus… L’objectif est de permettre aux élèves de se poser des questions, de réfléchir en évitant les a-priori au maximum, de s’ouvrir à cette notion de travail et de métier sans se barrer aucune route mais aussi en ayant la possibilité de gérer à la fois un fantasme (pilote de F1, chanteuse) et des curiosités plus communes (quels métiers dans la verrerie de pointe, en sidérurgie, dans les métiers de l’informatique, dans les métiers de l’environnement)…

Educnat 2010

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