enseignants : paysans !

L’enseignement, c’est comme l’agriculture

L’enseignement, c’est comme l’agriculture. On n’est jamais sûr du lendemain. Jamais content non plus. En plus c’était mieux avant. C’est pas pour embêter les gens : on ne peut pas faire autrement, c’est comme ça.

De même qu’en aucun cas vous ne percevrez dans le discours désinhibé d’Hector, agriculteur moyen de son métier, l’information glissée que cette année la récolte sera exceptionnelle, l’enseignant moyen ne saura non plus prendre le risque inconsidéré d’avancer que cette année, les élèves de la 4èmeC seront formidables et quel beau métier quand même que le sien – et notez bien que divers moyens de persuasion/ pression, dont le punch maison inoffensif qui caractérise certaines libations pré-apéritives traditionnelles de la famille, délient habilement les langues les plus rétives.

Il serait bien hâtif d’en déduire qu’il ne s’agit finalement que d’histoires de culture(s), d’abord parce que le jeu de mots est très moyen, ensuite parce que l’enseignant qui s’avise de considérer une classe comme un carré de betteraves doit se préparer à des difficultés certaines, et je sais ce que je dis.

On pourrait croire que l’enseignant est superstitieux, et on aurait raison. Prononcer le nom de l’enfant avant ses 3 ans, c’est risquer de voir le diable s’en emparer, tout le monde sait cela. De même, dire qu’une classe est géniale, c’est aller directement au devant d’une étrange mutation psycho-comportementale de groupe : ils le sentent (c’est nom d’un chien pas croyable mais ils le sentent, aussi vrai que je n’en suis qu’à mon premier punch maison inoffensif). Ils le sentent et alors c’est fichu pour l’année, ce sera l’Enfer, croyez-moi, je maîtrise le sujet plus qu’à mon tour…

Par pitié, je ne vous parle même pas des prières païennes pratiquées par ces deux corps de métier, de la danse de la pluie à la chouette clouée sur la porte. De fait l’enseignant prie parfois malgré son bon sens pour que tel ou telle soit atteint(e) par l’épidémie de grippe du moment (et il sait pourtant que celui-ci ou celle-ci qu’il espère calmement allité(e) à domicile sera des derniers à souffrir de tout virus). Mais jamais d’élève ne fut cloué sur une porte, et on n’en prend pas le sens. Ce n’est pas par humanité, c’est juste que l’agriculteur, lui, sait que cet acte barbare ne sera pas suivi de vengeance de la part des chouettes…

Educnat 2010

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